Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Impossible de parler de réhabilitation industrielle dans la Nièvre sans évoquer Decize et sa fameuse Usinerie. Originellement, ce vaste bâtiment sur les bords de la Loire — baptisé “usinerie” par ses ouvriers — fabriquait canons et machines agricoles. Pas franchement un spot arty, mais ça, c’était avant. Rachetée dans les années 90 par la commune, l’Usinerie a d’abord frôlé le délabrement avant d’être repensée comme espace de coworking, d’ateliers artistiques et de résidence d’artistes.
Quelques chiffres ? Une superficie de 6 000 m², près de 200 événements culturels organisés depuis 2010, dont l’incontournable festival “La Centrale à Vapeur”, où se mélangent musiques actuelles et arts visuels. Les habitants n’imaginaient pas revoir ce mastodonte industriel renaître sous des spots, mais aujourd’hui l’Usinerie fait le pont entre son passé ouvrier et son présent arty, devenant même l’un des laboratoires culturels les plus dynamiques de la Nièvre selon Le Journal du Centre.
À La Machine, sur la voie ferrée Nevers-Clamecy, la SNCF avait installé une “mission ouvrière” au début du XXe siècle. Cafétéria, espace d’éducation populaire, foyer… Bref, tout pour le mineur de fond. Aujourd’hui ? On pousse la porte de la Maison de la Mémoire, conservatoire vivant des histoires minières, mais aussi espace de conférences, spectacles et concerts de musiques traditionnelles.
Ce qui sidère, c’est la fusion entre passé et présent : la scénographie intègre rails, anciens outils, graffitis d’ouvriers, signes de résistance et de fraternité. C’est bouleversant, c’est vivant. On en ressort rarement indemne.
Édifiée à la fin du XIXe siècle, la Halle Voltaire a servi, pendant quasiment un siècle, à stocker le blé et le vin du bassin nivernais. Redondant, vous me direz, pour une halle. Or, depuis les années 2000, on y croise tout sauf des sacs de céréales : artistes plasticiens, collectifs d’art urbain, et même des marchés de créateurs. Municipalisée et restaurée à partir de 2001, la Halle s’est fait un nom avec les festivals culturels comme “NEVERSURSCÈNE” (organisé par l’asso du même nom), des expos XXL (chers amis tagueurs, vos œuvres sont les bienvenues) et de la danse contemporaine.
OK, on triche un peu, mais l’histoire est trop belle pour ne pas être racontée. Sur les rives de la Loire, l’ancienne abbaye de La Charité — tour à tour couvent, prison, puis manufacture textile au XIXe siècle — connaît depuis 2005 une extraordinaire reconversion sous le nom de “Cité du Mot”. Le site — classé UNESCO — donne aujourd’hui carte blanche aux plasticiens, musiciens, poètes et collectifs transversaux.
La Cité du Mot, c’est le patchwork parfait : de la pierre, du tag, du spoken word et des centaines d’artistes invités chaque année. On raconte qu’on y croise parfois le fantôme d’un textile ou d’un moine. Ça, par contre, on n’a pas (encore) vérifié.
Impossible pour qui traîne à Fourchambault d’ignorer l’imposant “Silo à Grange” : 32 mètres de béton, anciennement dédié au stockage de céréales pour la puissante sidérurgie locale. Fermé dans les années 80, il a failli être détruit… avant que deux assos et la mairie n’en fassent un laboratoire artistique.
Ce n’est pas un hasard si la Nièvre fait figure de proue côté reconversion industrielle : le département comptait 226 sites industriels actifs en 1950, contre une trentaine aujourd’hui (source : Archives départementales de la Nièvre). Sur ces trente dernières années, ce sont plus de 15 sites qui ont été sauvés du naufrage en se transformant en cinémas, salles de concerts, tiers-lieux, galeries ou espaces associatifs.
Ici, chaque brique résonne du passé. Mais on ne rénove pas juste pour faire joli : ça fabrique du lien et ça crée un vrai circuit court culturel. Les assos récupèrent souvent les anciennes machines comme décors, et certains collectifs proposent même des ateliers de réparation et de transformation d’objets industriels, façon récup’ artistique. Mention spéciale à “La Forge Vivante” qui, à Decize, redonne vie à la métallerie sous forme de spectacles pyrotechniques.
Trois raisons principales :
| Nom du lieu | Ville | Ancienne fonction | Nouveau visage culturel | Année de transformation |
|---|---|---|---|---|
| Usinerie | Decize | Usine métallurgique | Tiers-lieu, concerts, ateliers | 2011-2014 |
| Maison de la Mémoire | La Machine | Mission ouvrière SNCF | Musée, spectacles, conférences | 2006-2012 |
| Halle Voltaire | Nevers | Halle au blé | Expositions, danse, festivals | 2001-2003 |
| Cité du Mot | La Charité-sur-Loire | Abbaye/Prison/Ateliers textiles | Résidences, festivals, expositions | 2005-2010 |
| Silo à Grange | Fourchambault | Silo industriel | Salle de spectacles, ateliers | 2017 |
Il reste des dizaines de bâtiments qui attendent leur renaissance, parfois piégés par l’absence de fonds ou de leadership. Mais une chose est sûre : là où la Nièvre fut silence d’usine, la Nièvre est aujourd’hui cri d’artistes. Et ce petit grain de folie post-industriel, c’est exactement ce qui fait battre le cœur de notre scène locale. Allez, poussez les portes, tendez l’oreille, et découvrez… le futur s’invente juste à côté de chez vous.
Sources : Ville de Nevers, Archives départementales de la Nièvre, Le Journal du Centre, Région Bourgogne-Franche-Comté, Pôle Patrimoine Industriel Bourgogne.