Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Quand on pense Franche-Comté, on visualise souvent les sapins, les rivières sauvages, la cancoillotte et un paquet de festivals rock ou musiques actuelles. Mais voilà une vérité qui surprend : dans cette région à la croisée de tous les chemins, on trouve aussi des repaires de jazz où les notes bleues claquent contre les murs de pierres, où le swing se mêle au parfum du vin jaune et où l’improvisation est reine.
Parfois cachés derrière une devanture discrète, parfois trônant fièrement sur une place animée, ces bars sont de véritables poumons pour la scène jazz locale. La Franche-Comté n’est ni Paris, ni Lyon, mais elle offre une densité étonnante de petits lieux vivants où la musique n’est pas juste une bande-son en fond, mais l’âme même du lieu.
Pourquoi s’arrêter sur ces bars plutôt que sur des grandes salles ? Parce que, c’est dans ces endroits de proximité qu’on sent pulser le cœur de la scène jazz régionale. Pas de barrières, pas de prétention inutile. Ici, les musiciens te tutoient en descendant de scène et l’alchimie se crée à coups d’impros, d’échanges, d’anecdotes et d’apéros improvisés.
Le jazz, ici, n’est pas une musique de niche réservée aux initiés. Il se joue, se vit et se partage.
L’adresse incontournable de la ville universitaire. Le Bar de l’U ne paie pas de mine, mais il a vu défiler une bonne partie de la scène jazz locale depuis les années 90. Les concerts acoustiques du jeudi soir attirent une faune bigarrée. Ici, l’esprit jam session règne en maître : pas de frontière entre artistes sur scène et public, tout le monde est invité à prendre part à la fête. Certains soirs, on a vu jusqu’à six nationalités différentes se relayer au piano ou souffler dans le sax (source : L’Est Républicain, 2022).
Plus récent, mais tout aussi emblématique : une scène ouverte tous les 2e et 4e jeudis du mois, menée par la crème des jeunes musiciens comtois formés au conservatoire. Le niveau technique sur les prestations du vendredi soir est souvent bluffant.
Le cadre goûteux pour les soirées jazz-lounge du samedi. Beaucoup de standards réinterprétés, des initiations swing, et un public qui danse. Ambiance "New York sur Doubs", mais toujours décontract’ !
Bar associatif à la programmation pointue : jazz manouche, fusion, voire électro-jazz. De vraies résidences d’artistes (notamment autour du festival FIMU, qui fait vibrer la cité du Lion chaque année en mai). Le lieu est aussi partenaire historique du Hot Club de Belfort, l’association fondée en 1936 (oui, 1936 !) pour défendre le jazz dans la région.
Un petit repaire méconnu avec sa cave voûtée. Le mercredi soir, des jam sessions attirent des pointures venues parfois de Suisse ou d’Alsace. Les programmateurs y assurent de véritables découvertes : pas mal de jazz contemporain, parfois du free jazz qui décoiffe et dérange, mais qui fait parler. Selon le site de l’Association Culture Jazz, Le Grenier a permis de révéler au moins sept groupes ayant par la suite sorti leur premier EP.
Ambiance bistrot, terrasse au soleil, et des concerts jazz acoustique tous les premiers vendredis du mois. Ici, place au jazz accessible : balades, standards et bossa, mais surtout une vraie volonté d’aller vers le public. Anecdote sympa : plusieurs soirs d’hiver, le patron a prêté des guitares à des inconnus venus juste "boire un verre", lançant des jams impromptues qui sont devenues la marque de fabrique du bar.
Ouvert de septembre à mai, le Saxo Bar vit au rythme de ses soirées thématiques : swing, jazz New Orleans, blues, parfois karaoké jazz (si, si !). L’association Les Amis du Jazz de Pontarlier y organise deux mini-festivals par an. On y tombe régulièrement sur des pointures du coin, mais aussi sur des têtes d’affiche venues en résidence du Conservatoire à Rayonnement Régional de Besançon.
Lieu historique pour les amoureux du jazz. Les affiches vintage au mur racontent l’histoire d’une passion jamais démentie. Après un passage à vide dans les années 2000, le lieu a refait peau neuve. Les dimanches après-midis jazz sont redevenus un rendez-vous familial, gorgé d’émotion et de souvenirs.
Ils ne font pas la une des médias, mais ces bars ont un impact qui dépasse de loin leur taille. Quelques chiffres pour situer :
Ça donne quoi niveau ambiance ? Un bar jazz comtois, c’est souvent une trentaine de places assises (pas plus), deux ou trois rangées debout tassées contre le bar, des micros récupérés, la sono qui grésille parfois, mais une magie dans l’air. Certains lieux ont vu défiler des légendes locales : Claude Godard, “l’accordéoniste du Jura”, qui improvisait sur Mingus au Café du Théâtre, ou encore Julie Chassagne, saxophoniste aujourd’hui sur Paris, mais qui a attrapé le virus des jams au Bar de l’U.
Le vrai marqueur de ces bars, ce n’est pas leur capacité à faire des records de fréquentation, mais bien de permettre à la création musicale indépendante de résister dans un contexte rarement favorable. Et c’est précisément là que la magie opère : un soir de jam, sous une lumière tamisée, les barrières tombent, et le jazz, cette énergie indomptable, continue d’écrire l’histoire de la région.
| Bar | Ville | Soirée(s) jazz phare(s) |
|---|---|---|
| Bar de l’U | Besançon | Jeudis acoustiques, jams régulières |
| Le Grenier | Montbéliard | Jam session du mercredi, découvertes contemporaines |
| Coq à l’Âne | Belfort | Résidences d’artistes, soirées autour du FIMU |
| L’Annexe | Lons-le-Saunier | 1er vendredi du mois : jazz accessible |
| Saxo Bar | Pontarlier | Mardi swing, festivals semestriels |
| Café du Théâtre | Dole | Dimanche après-midi jazz |
La Franche-Comté, à travers ces bars jazz, continue d’offrir un terrain de jeu d’une richesse insoupçonnée pour tous les amoureux du swing, du groove et des ambiances conviviales. Pousser la porte de ces lieux, c’est faire l’expérience du jazz vivant, sincère, et foncièrement local.