Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Depuis dix ans, on voit fleurir partout ces événements où la musique s’acoquine avec la danse contemporaine, où des graffeurs réalisent une fresque pendant un concert, où le théâtre s’invite au cœur des friches industrielles aux côtés d’une expo photo, le tout baignant dans le même joyeux bazar artistique. Alors, pourquoi ce boom des formats “pluridisciplinaires”, et que signifient-ils vraiment pour la dynamique culturelle locale, notamment ici dans la Nièvre ou Franche-Comté ?
Si l’on se penche sur la programmation nationale, d’après une étude de France Festivals (2023), près de 40% des festivals déclarent intégrer au moins deux disciplines différentes – musique, arts visuels, arts vivants, littératures, etc – au sein de leur édition. Ce n’est plus réservé à Paris ou Lyon : les initiatives regorgent aussi en province et en ruralité créative.
Mais quid de ces alliances créatives ? À quoi ça ressemble vraiment dans la Nièvre, ou chez nos voisins bourguignons et francs-comtois ? Pourquoi le public en redemande, et comment les structures s’engouffrent-elles dans la brèche ?
Sans oublier, au niveau national, les gros poids lourds comme Les Nuits Sonores à Lyon (musique électronique + arts visuels + conférences), ou Le Printemps de Bourges qui invite régulièrement BD, cinéma et street-art dans ses à-côtés. (Sources : France Festivals, Le Monde)
Mixer plusieurs disciplines, c’est tout sauf un effet de mode facile. Ce sont des équipes qui jonglent avec des temporalités très différentes : un théâtre de rue se prépare parfois des mois à l’avance là où une expo photo s’accroche en une journée. Le coût technique aussi, au passage : bidouiller un mapping vidéo sur une façade du centre-ville exige savoir-faire et équipement.
Dans la Nièvre, beaucoup de ces festivals pluridisciplinaires fonctionnent avec moins de 5 salariés annuels, et une armée de bénévoles (source : Association Zaccros d’ma Rue). Le budget médian pour ce type de manifestation en Bourgogne-Franche-Comté ? Autour de 50 000 à 150 000 euros par édition, bien loin des grands festivals nationaux (Le Festival d’Avignon, à titre de comparaison, dépasse les 16 millions d’euros en budget cumulé – Source Le Monde, 2023).
Mais la force, c’est la débrouille et l’envie : voir des artistes collaborer, improviser des jams spontanées, ou concevoir un nouveau format mêlant projection et création musicale en direct, c’est LE sel de ces festivals. Les échecs, eux, finissent souvent en anecdotes… et en nouvelles idées pour la suite.
Un chiffre à retenir ? Selon le Ministère de la Culture (Chiffres Clés 2023), 48% des spectateurs en France ont participé à au moins un événement associant plusieurs formes d’arts dans l’année écoulée (hors cinéma).
Difficile de ne pas évoquer la montée des tiers-lieux culturels : anciens garages, friches reconverties ou moulins désaffectés, ces sites abritent la majorité des expérimentations pluridisciplinaires émergentes. À Nevers, la Maison de la Culture, le Café Charbon, ou encore des lieux plus “éphémères” comme les anciens dépôts municipaux accueillent alternativement concerts punk, expo photo, ateliers d’écriture et performances de cirque.
Au Café Charbon par exemple, 47 événements ont intégré plusieurs disciplines en 2023 (source : programmation Café Charbon). Côté Franche-Comté, la Rodia à Besançon reprogramme de plus en plus de soirées thématiques genre expo-photo, table-ronde et live électro sur la scène, le tout sur la même soirée.
Et sur le plan économique ? Pour un territoire rural, ces événements sont clairement des moteurs d’attractivité : restauration, hébergement, transports, retombées directes et indirectes. Selon le rapport du CNM “Cartographie des festivals”, chaque euro investi dans un événement culturel de ce type génère jusqu’à 4 euros de retombées locales.
Les limites ne sont clairement plus techniques. Ce sont l’imagination et la résilience face aux subventions qui dictent les prochaines étapes : open-mics croisant poésie et DJing, fablabs éphémères, concerts dans les jardins partagés, collaborations entre artistes et chercheurs (sonores, olfactifs, etc).
Les animations “famille”, le décloisonnement des pratiques amateur/pro, l’ancrage dans l’écologie (récup’, circuits courts pour la bouffe, projets Zéro Déchet pour les décors…), ou le lien avec les communautés exilées ou en marge offrent de nouveaux horizons.
Bref, les événements qui mélangent les disciplines artistiques, c’est bien plus qu’un simple effet de mode : c’est une façon de décloisonner les publics, de stimuler la création locale, et de donner un vrai sens au mot “culture vivante”. Si vous cherchez à vibrer avec la scène d’ici, suivez les programmations qui osent mixer les genres, bousculer les formats… On n’a sans doute encore rien vu.