Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Si la Nièvre et la Franche-Comté ont longtemps été considérées comme des terres "paysannes" avant tout, il faut rappeler que, depuis les années 1980, c’est justement ce ruralisme qui a attiré des artistes en quête d'espaces, de lumière et de liberté. Les premiers collectifs alternatifs se sont installés là où les loyers étaient abordables. Résultat ? Aujourd’hui, une effervescence rare où se croisent têtes d’affiches nationales et talents locaux aux parcours atypiques. Ce n’est pas un hasard si on recense pas moins de 40 lieux d’exposition et collectifs artistiques rien qu’entre Nièvre et territoire de Belfort (France Territoires Contemporains).
Ce n’est pas qu’un repère de porcelaine : ce musée programme chaque année au moins deux grandes expositions d’artistes contemporains. En 2023, l’évènement "Quand la céramique explose" a attiré plus de 4 000 visiteurs en trois semaines, un record pour la ville.
Cette salle polyvalente n’est pas réservée aux concerts ou à la danse : elle accueille régulièrement des expos monumentales. L’exemple marquant ? Le projet « Gigantesques ! » en 2022, qui mêlait installations, vidéos et performances, a embarqué 1 200 curieux sur trois jours.
C’est LE laboratoire de l’avant-garde dans la Nièvre. Des artistes venus du monde entier y exposent. La programmation fait la part belle à la jeune création et aux expérimentations, avec des workshops et des résidences.
Un centre d’art essentiel si vous passez côté Franche-Comté. Ce lieu ose : artistes émergents ou confirmés, installations in situ, performances qui résonnent dans toute la région.
La Nièvre, c’est aussi le succès inattendu de "Transats et Palettes", la programmation estivale d’Art : 5000 visiteurs, tous âges confondus, ont investi l’esplanade du Parc Roger Salengro à Nevers en 2023 pour construire une œuvre collective avec l’artiste Clara Penche, récupérant fauteuils et matériaux de récup. L’événement a été relayé dans la presse nationale (Le Monde, juillet 2023). Voilà ce qui se passe quand on laisse le public s’approprier la création contemporaine.
Impossible d’ignorer le travail des associations locales. "Atelier en Ville", à Nevers, fait débarquer des street artistes venus de Dijon, Grenoble ou même Paris. Sur l’été 2023, les ateliers participatifs ont réuni une cinquantaine de jeunes en décrochage scolaire dans le quartier de la Baratte — preuve que l’art contemporain va bien au-delà du white cube et peut toucher le social et l’éducatif (Ville de Nevers).
Tout n’est pas rose, mais la multiplication d’appels à créations a permis à de jeunes talents d’intégrer la programmation de musées locaux. En 2023, le Parc Saint Léger a reçu 80 candidatures pour une seule résidence disponible… et trois expos individuels sont issus de ces appels l’an dernier. Du côté du Musée de la Faïence, l’expo « Voix Urbaines » en mai 2023 n’aurait pas vu le jour sans le financement participatif mis en place par des associations nivernaises.
La scène locale, c’est de plus en plus d’hybridations : artistes numériques, makers, récupérateurs de matériaux, vidéos expérimentales... Les chiffres parlent : d’après le même rapport de la DRAC, 60% des exposants régionaux ont moins de 35 ans et l’intérêt pour l’art contemporain explose dans la tranche des 18-30 ans, souvent moteur pour ces nouvelles formes d’expression.
Sur les réseaux, la visibilité croît. Instagram, en particulier, donne un tremplin à de jeunes plasticiens, à des collectifs comme @la_rue_des_arts_nevers. Les stories et les lives créent une vraie interaction, et carrosseries désaffectées deviennent des galeries live.
La vitalité de l’art contemporain local ne se mesure pas aux mètres carrés de galeries, ni à la renommée des exposants parisiens. Ce qui fait la force de la scène régionale, c’est la diversité, l’envie d’oser, le mélange des styles et la capacité à se réinventer, entre caves, musées et parkings désaffectés. D’année en année, les programmations s’enhardissent, les publics s’élargissent, et les jeunes artistes locaux deviennent… de moins en moins discrets. Mission accomplie : la Nièvre et la Franche-Comté ne sont plus des zones blanches pour l’art contemporain, mais bel et bien des terres de création, à suivre, à soutenir et à faire rayonner.