Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
La Nièvre, c’est parfois la grande absente du grand circuit cinéphile, et c’est précisément pour ça qu’on la remercie. Car ici, la moindre initiative prend une saveur de résistance artistique, loin des salles aseptisées. Mais oui, la Nièvre compte (heureusement) plusieurs festivals qui grattent sous la surface, où courts-métrages pointus, docs sans filtre et premiers films d’auteurs prennent leur temps à l’écran.
Pour la petite histoire, l’édition 2023 a attiré plus de 1 800 spectateurs sur cinq jours (source : Le Journal du Centre). Des ateliers pour lycéens, des échanges toniques avec des réalisateurs parfois inconnus, mais aussi le prix du public, décerné à une fiction venue... d’Ukraine ! On n’y va pas pour croiser des VIP mais pour sentir monter la température autour du court-métrage local et international. À titiller : la compétition régionale, qui offre un véritable tremplin aux créateurs du coin, à l’image de la réalisatrice Clémence Rigal, lauréate 2022.
Ici, on monte la sono à fond pour les jeunes pousses, pas rare de voir un film fait-main avec trois bouts de scotch à l’affiche. L’édition 2024 a explosé son record avec plus de 120 films inscrits, preuve que la relève ne s’endort pas dans la Nièvre (source : interview des organisateurs sur RCF Nièvre, 2024).
Avec plus de 10 000 spectateurs chaque automne, un prix décerné par le public et les lycéens, des hommages à des visages qu’on voit sans connaître les noms… Le festival attire nombre de comédiens et réalisateurs français, dont certains n’hésitent pas à échanger le tapis rouge contre une pizza partagée dans une brasserie du coin (Festival Jean Carmet).
Si la Nièvre déploie l’étendard local, la Franche-Comté n’est pas en reste — attention, là-bas le cinéma ne se prend pas trop au sérieux, mais il aligne quelques mastodontes du genre.
C’est le festival “poil-à-gratter” du coin : plus de 13 000 entrées annuelles, un jury de cinéphiles hardcore, et régulièrement des futures stars découvertes... avant tout le monde ! Pour vous donner une idée, Céline Sciamma ou Alain Guiraudie y sont passés avant de cartonner à Cannes (source : site officiel Entrevues Belfort). Anecdote qui tue : chaque année, Entrevues fait parler de lui par le cinéma le plus “gonflé” international, du Brésil à l’Arménie, mais toujours via des projections accessibles, les tickets plafonnant à 6 € la séance.
Ça s’appelle “Les cinémas d’Asie de Vesoul”, et c’est l’événement le moins attendu... mais le plus respecté par les initiés ! Des invités venus de Corée, d’Iran, de Birmanie, et des débats marathon après chaque projo. Les accréditations pro n’y coûtent pas un bras (50€ pour 10 jours), et on croise souvent les mêmes fous de cinéma d’une édition sur l’autre. Près de 30 000 spectateurs à la dernière édition (2024) : qui a dit que l’indé n’attirait personne ? (cinemas-asie.com)
À Besac, la sélection s’accompagne de forums, de battles de critiques, et même d’un “hackathon” du film éducatif ! Les deux cumulés dépassent allègrement les 12 000 spectateurs annuels (source : MaCommune.info).
Ce qui marque, c’est l’éclectisme du public : étudiants fauchés, seniors biberonnés à la cinéphilie, assos culturelles en goguette, publics scolaires venus par car entier, parents désemparés devant la programmation jeunesse, réalisateurs aussi discrets qu’habités, et même des touristes “par hasard”.
Contrairement à l’étiquette cliché du festival d’Auteurs réservé à une élite branchée, ici les salles bourdonneraient presque autant pendant les débats que pendant les films. La présence de plus de 25 lycées partenaires à Belfort et Vesoul montre qu’on forme aussi la relève et qu’entre deux baignades dans la Loire ou trois virées dans le Jura, la jeunesse du cru sait se déplacer quand la programmation est bien menée (source : Lycée Condorcet Belfort).
Ce ne sont pas les difficultés qui manquent : subventions de la DRAC souvent riquiqui (20 à 25 000 € en moyenne pour les festivals nivernais selon les données préfecture de région), galère pour attirer la presse nationale – même France TV ou Télérama daignent rarement pointer le bout de leur micro. Pourtant, ça tient, grâce à :
C’est cette énergie du “fais-le-toi-même” qui irrigue tous ces rendez-vous. Et si la scène régionale n’a ni les moyens ni le blason d’Angoulême ou de Deauville, elle joue à fond la carte de la surprise et de la convivialité… jusqu’à voir certains films primés faire ensuite le tour de la France, ou décoller en festival international (un exemple ? “La Glace à la Fourme”, court-métrage nivernais produit en 2021, exhibé à Clermont-Ferrand la même année).
Qu’importe si on n’a pas le tapis rouge de la Croisette ou les experts en lunettes noires : les festivals de cinéma indépendant de Nièvre et Franche-Comté montrent à chaque édition qu’on peut bousculer les codes, faire vibrer les salles et souder les communautés. Leur force ? Rassembler derrière le 7e art des publics qui n’avaient sans doute rien en commun – sauf la curiosité.
Et si la prochaine pépite que vous dénicherez à Nevers, à Moulins ou à Belfort devenait demain la révélation du cinéma français ? Ici, personne ne pariera contre. La seule condition : pousser la porte, s’offrir quelques séances… et pourquoi pas, se lancer à son tour caméra à la main.