Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
L’art participatif, longtemps cantonné à quelques happenings urbains, a aujourd’hui explosé en dehors des grandes métropoles. Et franchement, il était temps ! Le vrai souffle de la culture, celui qui ne demande pas des ronds par milliers, c’est quand chacun peut mettre la main à la pâte. Dans la Nièvre, en Franche-Comté comme ailleurs, des dizaines d’associations, de collectifs et de salles ont compris que les artistes et le public ne devaient plus se regarder en chiens de faïence. Au contraire : place aux jams, aux ateliers, aux fresques collectives, aux chorales géantes improvisées !
Ici, on va passer à la loupe quelques pépites locales, mais aussi jeter un œil à comment ces formules cartonnent ailleurs – histoire de donner envie d’agir et de participer.
Rien de tel pour désacraliser la création que d’ouvrir les portes. Côté musique, l’exemple de Nevers est limpide : des lieux comme La Maison (anciennement Café Charbon) s’imposent avec leurs soirées “Jam Open”, où tout le monde descend, guitare sous le bras ou tambourin dans la poche, quel que soit son niveau. En moyenne, entre 25 et 40 participants se relaient sur scène chaque mois – un vrai carton comparé à la dizaine des débuts en 2018 (source : Association La Maison).
À Moulins-Engilbert, le collectif L’Électropique organise régulièrement des ateliers de MAO (musique assistée par ordinateur) où l’on croise aussi bien des étudiants que des retraités, tous bluffés de voir leur premier morceau prendre forme (source : Facebook L’Électropique). Pourquoi ça cartonne ? Parce que c’est sans enjeu – on n’est pas là pour jouer les stars, mais pour créer ensemble. Résultat : plusieurs groupes de la région sont nés de ces sessions débridées.
Côté arts plastiques, la vague participative n’a rien d’une lubie citadine. Prenez les initiatives comme celles de l’Association Fresqu’en Vie : chaque été, elle invite les habitants (de 7 à 77 ans, ce n’est pas qu’un slogan) à créer ensemble une fresque éphémère sur un mur désaffecté du centre-ville de Nevers. Sur les dix dernières années, une trentaine de fresques ont ainsi vu le jour, mobilisant jusqu’à 200 participants sur certains projets (source : Journal du Centre, 2023).
La ville de Besançon s’y met aussi avec ses “journées graff’ collaboratives” où le public choisit le thème du mur via un vote en ligne, puis vient bombarder la façade avec les artistes de l’association Art by Friends (source : site officiel Ville de Besançon).
Quand l’art sort des salles – parfois surpeuplées, parfois désertes – et s’immisce dans la rue ou dans les friches, on sent un vrai frisson populaire. À Clamecy, l’expérience du festival “Place Publique” propose chaque printemps des spectacles-institutions investis par le public : on danse, on cuisine, on crée, et surtout on efface la frontière entre spectateurs et performeurs. L’édition 2022 a compté près de 600 participants “actifs” (source : Clamecy Magazine 2023).
Idem à Dijon, où la friche culturelle de la Libre Cours lance chaque été un projet de création théâtrale en mode “construisons ensemble”. Les habitants écrivent, jouent, décorent, filment ; le spectacle final réunit parfois plus de 80 participants, avec un public de 1200 personnes sur l’ensemble de la saison (source : Libre Cours Dijon, rapport 2023).
On aurait tort de croire que le participatif se limite aux arts visuels ou à la musique : sur le terrain du spectacle vivant, la folie collective a aussi ses temples.
Ce qui frappe ? Ce n’est pas une question de moyens, mais d’envie et d’organisation. Un local, deux micros, une bande d’allumés… et hop, tout le monde se retrouve embarqué.
Là où ça devient fort, c’est quand des assos transforment la dynamique sur la durée. La Transversale, à Autun, ne fait pas juste du participatif : le projet est de former, puis de rendre autonome. Chaque année, 10 à 15 participants deviennent eux-mêmes animateurs d’ateliers l’année suivante (Source : La Transversale, rapport d'activité 2023). Autrement dit, on crée une chaîne de transmission locale : aujourd’hui spectateur, demain créateur.
Même chose à Lons-le-Saunier avec La Friche Musicale, qui propose des ateliers d’écriture partagée, de construction d’instruments low-cost et même des “battles” conviviales sur la place de la mairie. Les statistiques fournies par la MJC du Jura montrent que 72 % des participants déclarent avoir poursuivi une pratique artistique après leur première expérience (Source : enquête MJC 2023).
Faut pas se mentir : une salle pleine, des artistes bien payés, un régisseur pro, c’est le rêve. Mais la réalité, surtout en ruralité, c’est plutôt “avec rien, on fait tout”. Selon le Ministère de la Culture, en 2021, seuls 6,8 % des financements publics de la culture sont allés à des structures ou initiatives dites “amateurs ou participatives” (source : Ministère de la Culture, chiffres-clés 2022). Pourtant, sans elles, la vie culturelle locale s’effondre.
Des collectifs, comme Réseau Scènes (qui regroupe des petites salles et assos de Bourgogne), proposent donc des mutualisations de matériel, d’affichage, et de communication. La dynamique : mise en commun des idées, des moyens, et parfois… du groupe électrogène (anecdote lue dans le Journal du Centre, 2023), pour faire exister des événements là où rien n’était prévu.
| Structure | Spécialité | Nombre d’événements collaboratifs/an | Participants estimés/an |
|---|---|---|---|
| La Maison (Nevers) | Jams & ateliers musicaux | 18 | 800 |
| Fresqu’en Vie | Fresques collectives | 4 | 700 |
| La Transversale (Autun) | Création et transmission | 12 | 350 |
| La Friche Musicale (Lons-le-Saunier) | Bricolage musical | 20 | 500 |
Participer, c’est bien. Mais qu’est-ce qu’on gagne à pousser plus loin ? De plus en plus, certaines assos de la région développent aussi des “conseils artistiques participatifs”, où le public vient co-construire la saison à venir. C’est le cas au Théâtre de l’Escargot à Dijon, qui propose chaque semestre une assemblée ouverte. Résultat : plus d’adhésion, de fidélité, et même… de subventions, car les élus adorent les projets “ancrés localement” (source : rapport Scènes Bourgogne 2022).
Et pour celles et ceux qui cherchent à se lancer, il y a de plus en plus de plateformes en ligne pour relier porteurs de projets et futurs participants : OpenAgenda, AssoConnect, ou encore le site du CRIJ Bourgogne-Franche-Comté pour recenser toutes les propositions en cours.
Ce qui est clair, c’est qu’il n’y a aucune formule magique ni recette universelle. Mais une chose certaine : quand on fait tomber les barrières entre créateurs et spectateurs, tout le monde y gagne. La Nièvre et la Franche-Comté bouillonnent d’initiatives qui attestent que l’art le plus vivant, c’est celui qui permet à chacun d’entrer dans la danse, de s’emparer d’un pinceau ou d’un micro, et de transformer l’anonymat en aventure collective.
Au final, qu’on soit là pour quelques heures ou de façon régulière, l’art participatif et collaboratif, ce n’est pas juste une mode. C’est peut-être, tout simplement, la vraie promesse des cultures locales : celles qui ne renoncent jamais à la rencontre, à la surprise, et à l’envie de faire, ensemble, un petit bout de chemin hors des sentiers battus.