Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Oublie les clichés. La Franche-Comté, ce n’est pas juste une carte postale de gorges et de forêts paisibles. Ça, c’est pour les guides touristiques. En vrai, la région a du muscle, du coffre, et elle transpire la résistance culturelle. Ici, on bricole, on expérimente, on s’organise dans les marges, à l’écart des grosses institutions qui gèrent la culture façon usine. Des lieux alternatifs, la région en regorge, mais il faut parfois creuser un peu : un soupirail, une ancienne usine, des caves, des friches… C’est dans ces endroits à l’écart du radar que bouillonnent performances barrées, concerts imprévus, installations délirantes. Pas étonnant : historiquement, Besançon fut le berceau de la contre-culture à l’Est (coucou les Eurockéennes voisines et toute la dynamique DIY depuis les années 80 !).
Impossible de parler de culture underground bisontine sans citer la Friche Artistique (ex-usine SMACON). Depuis 2016, ce mastodonte du DIY est piloté par plusieurs collectifs (l’Esperluette, La Fée Verte, etc.), il accueille tout ce qui passe : concerts noise, ateliers sérigraphie, soirées slam, résidences d’artistes contemporains… Difficile de faire plus éclectique. Le spot héberge aussi des festivals comme Détonation In Situ, qui s’approprie les espaces bruts du lieu pour faire dialoguer musique expérimentale et arts visuels. Quelques chiffres ? La Friche, c’est près de 450 événements en 2023 (source : friche-artistique-besancon.fr), 30 associations partenaires, et un public qui s’agrandit chaque année.
Dole ne dort jamais. Le Cylindre, installé dans une ancienne rotonde SNCF, est devenu le point de ralliement des fous de son et de performance improbable. Ici, on peut tomber sur une nuit électro downtempo, un concert de post-punk, une session de théâtre immersif ou un concours d’installation vidéo… parfois tout à la fois. Géré par l’association Zone Art, le lieu prône l’accessibilité avec des entrées souvent libres ou à prix mini. Point d’orgue : le festival “Labyrinthe” (fin avril), qui transforme tout l’espace en dédale d’œuvres et de concerts ininterrompus.
Bon, ce n’est pas totalement underground (il est labellisé Scène de Musiques Actuelles), mais Le Moloco à Audincourt reste un OVNI sur le plan national, avec sa programmation qui va du reggae dans la cour à des sessions de drone-ambient dans les caves. Ultra actif sur le versant associatif, il accueille aussi des battles hip-hop, ateliers d’écriture, projections de ciné indé, et performances artistiques hybrides. En 2022, plus de 195 événements ont été organisés (source : lemoloco.com), dont 12 résidences artistiques couplées à des restitutions publiques. Leur force ? La collaboration avec des collectifs qui amènent du live painting, du mapping vidéo, des happenings dans des lieux secrets du Pays de Montbéliard.
Au-delà des gros noms, la Franche-Comté regorge d’espaces de taille modeste mais à la programmation hyper affûtée – souvent la colonne vertébrale de la vie culturelle locale. Quelques spots à ne pas rater :
| Lieu | Performances Notables | Public Touché | Particularités |
|---|---|---|---|
| Friche Artistique (Besançon) | Installations sonores live, concerts punk-noise, ateliers participatifs, fresques collectives | 150-1000 personnes selon l’événement | 1/3 des perf’ sont issues d’appels à projets ouverts |
| Le Cylindre (Dole) | Cabarets drag, concerts immersifs, projections vidéo, théâtre d’impro interactif | De 80 à 650 personnes | Majorité d’artistes non-professionnels ; implication forte des publics “hors habitués” |
| Le Moloco (Audincourt) | Battle de danse hip-hop, live coding musical, DJ sets dans les anciens vestiaires SNCF, expositions éphémères | Jusqu’à 1200 sur les gros week-ends | Mixage total des genres et des pratiques artistiques |
| Passagers du Zinc (Besançon) | Jams libres, bœufs poétiques, concerts “sans filet” | Environ 100 par soirée | Platines et instruments à libre disposition |
| Forges de Fraisans | Expositions monumentales, spectacles de feu, arti-circus | De 200 à 1500 selon l’affluence | Axé valorisation des cultures alternatives rurales |
Ce que la Franche-Comté a aussi de plus précieux, c’est la capacité de ses collectifs à investir l’espace public : on pense aux “Nuits Debout” bisontines (2016-2017) où concerts, lectures et performances sonores occupaient la Place de la Révolution, mais aussi aux programmations mobiles, du camion-scène “le Camion qui Dort” (Festival Circasismic) à l’opération “Bougez Les Cités” (musique live dans les quartiers HLM, 12 dates en 2023, 3200 spectateurs cumulés – source : France 3 Franche-Comté).
La pandémie ? Elle a décuplé la création d’événements hybrides, comme le projet “Live à la Fenêtre” (concerts filmés dans les appartements puis diffusés en live sur Twitch, 40.000 vues cumulées en 18 mois). Toute une galaxie d’initiatives qui montrent que la culture se déplace, se recompose, s’invente – et ne s’enferme jamais dans les seuls lieux en dur.
Difficile d’être exhaustif : la Franche-Comté, c’est tout sauf une scène figée. Un conseil pour ne rien manquer ? Suivre les collectifs sur Instagram et Facebook (c’est là que tombent les annonces de last minutes !), consulter régulièrement les agendas de Radio BIP (Bisontin, franc et à l’affût) et de Sortir.Besancon.
Au fond, la Franche-Comté s’impose aujourd’hui comme une terre d’inventivité brute : un terrain de jeu idéal pour quiconque veut vibrer autrement. Un boom qui n’est pas prêt de s’arrêter à en juger par la hausse de fréquentation des lieux alternatifs (+27% entre 2019 et 2023 source : Agence Culturelle Bourgogne-Franche-Comté).
Pas besoin d’immenses infrastructures ni de budgets pharaoniques pour que la magie opère : la scène underground comtoise prouve que c’est souvent dans la marge qu’on trouve l’énergie la plus authentique, les idées les plus déjantées, et les publics les plus mélangés. Ici, la performance artistique est toujours une aventure collective, un peu punk, jamais figée – jamais passée à la moulinette des grandes plateformes. Et c’est tant mieux !