Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Regardez un peu les studios les plus cultes de France : le Miraval, Motorbass, Ferber… Tous ont vu passer des artistes qui viennent aussi pour leurs trésors analogiques, planqués entre deux racks de synthés Moog d’époque et une console Neve qui a connu plus de hits qu’un DJ pendant la Fête de la Musique. Mais, même loin de Paris ou de la hype marseillaise, la soif de grain, de patine, de caractère (appelez ça comme vous voulez) fait vibrer nos musiciens. Les studios semi-cachés de la Nièvre et de la Franche-Comté jouent ici une jolie partition.
Le matériel vintage, ce n’est pas juste une question de look. Derrière la façade parfois poussiéreuse, c’est d’abord une autre façon d’enregistrer et de façonner le son. Pour les non-initiés, on parle de :
Il ne s’agit pas d’une simple coquetterie : nombreux sont ceux qui pensent que ce matos « fait » le son d’un album, façonne au passage toute une esthétique. Quand Radiohead, Arctic Monkeys ou Daft Punk cherchent ce grain, ils piochent rarement dans des plug-ins. Et c'est pareil, à plus petite échelle, chez nous.
On pourrait croire que le matos vintage se planque sous les toits parisiens, mais en fouillant, la Nièvre et la Franche-Comté réservent plutôt de belles surprises. Petit tour d'horizon — non exhaustif, bien sûr.
La réputation du Cargo se fait aussi parce que certains labels “indés” de Paris y amènent parfois des petits groupes pour y capturer une "vibe" analogique ultra-authentique. Sources : studiocargo.fr
Le studio, très demandé pour du jazz et du rock alternatif, attire des ingénieurs du son allemands ou suisses en quête “d’autre chose” que du son numérisé. Source : plaquette de présentation officielle 2023, site du studio.
Principalement axé sur des prises live, mais ouvre régulièrement ses portes pour des masterclass sur l’enregistrement analogique (sessions ouvertes, notamment pour des écoles de musique régionales – selon la communication du studio sur Facebook, janvier 2024)
Lieu hybride : à la fois redouté pour son grain “dirty” et son ambiance quasi-urbaine, les groupes de hip-hop et de kraut local y trouvent leur compte. Source : page Facebook La Planche à Voix
Il y a donc une forme de culte, mais aussi de nécessité : impossible de “faker” certaines couleurs sonores… Et de plus en plus de musiciens s’arrachent les créneaux pour pouvoir bosser avec ces engins pré-Spotify.
Le côté “chambre sonique du terroir” attire parfois des groupes de la capitale ou de villes moyennes. Quand le label BMM Records (Besançon) a sorti plusieurs albums qu’on jurerait enregistrés à Detroit, c’est parce qu’ils squattent souvent du matos des années 60-70, notamment un vieux Studer et un Neumann chiné à La Fabrique à Son. Un exemple typique de “relocalisation sonore” soutenue par les outils disponibles. D’après une interview accordée à Mowno (2023), le rappeur bisontin DJoos a préféré enregistrer ses scratchs sur magnétophone analogique, “parce que le son digital, c’est raplapla…”
À Nevers, le trio folk Les Copains d’Abord n’utilise que des micros à ruban et compresseurs vintage pour leurs sessions multicam home-studio. Résultat : leur titre “Retour à Coulanges”, tourné en live au Studio Cargo, a dépassé les 35 000 vues uniquement sur Facebook et Bandcamp en l’espace de deux mois (Source : page FB officielle du groupe, mars 2024).
| Studio | Ville | Pièce vintage emblématique | Genre(s) privilégié(s) |
|---|---|---|---|
| Cargo | Nevers | TAC Scorpion II, Revox B77, AKG C414 EB | Rock, Folk, Electro DIY |
| La Fabrique à Son | Besançon | Soundcraft 6000, Neve V-Series, Studer A80 MkII | Jazz, Rock alternatif |
| Palissy | Autun | Neotek Series II, Tascam MS-16, UREI 1178 | Chanson, Rock, Live session |
| La Planche à Voix (Caserne) | Montbéliard | Allen & Heath System 8, Coles 4038, Binson Echorec | Hip-hop, Kraut, Expérimental |
Posséder du matériel vintage, ce n’est pas qu’une question de collection ou d’investissement — il faut réparer, calibrer, choyer. Un magnéto, ce n’est pas plug & play : il faut nettoyer, découper la bande. Si la Nièvre s’éveille, c’est aussi parce qu’on y trouve, encore, des “bricoleurs” passionnés, parfois anciens agents SNCF ou profs de technologie qui font office de restaurateurs de bandes magnétiques ou de micros hors d’âge.
Un témoignage entendu au printemps 2024 du côté de Palissy résume tout : “Quand tu passes deux heures à régler un DBX 160A d’origine, tu fais partie d’une famille secrète. Cela crée des liens entre musiciens, ingés son et studios… et ça, ça ne se virtualise jamais.”
Face à la techno galopante et à l’IA qui copie-collent des sons lissés, le vintage reste un acte de résistance… et de créativité. Dans la Nièvre et la Franche-Comté, ce sont justement ces vieilles machines, entretenues à la main, qui font émerger la singularité des nouveaux groupes. Le véritable courage, c’est parfois d’oser le vieux pour mieux inventer le neuf. Alors, prêts à (re)découvrir votre future couleur sonore dans un de ces studios ?