Plongée dans l’effervescence : ces événements éphémères qui révèlent les arts underground en Nièvre
Quand on pense “culture dans la Nièvre”, il y a fort à parier que la première image, ce n’est pas une rave dans une grange désaffectée...
Dans le coin, il y a les scènes classiques, les salles municipales aux fauteuils fatigués… et puis il y a ces ovnis du paysage culturel qu’on appelle “tiers-lieux”. Difficile de les cerner au premier coup d’œil : pas un format unique, des activités à rallonge, et surtout une ambition de dingue. Depuis une dizaine d’années, ces espaces hybrides se sont imposés partout en France comme la vraie marmite créative où mijote l’avenir de l’art local. Selon l’Observatoire des tiers-lieux (rapport de 2023), on recense plus de 3 500 lieux de ce type en France, dont près de 200 rien qu’en Bourgogne-Franche-Comté.
Certains sont emblématiques par leur taille, d’autres par leur énergie underground ou leur ancrage 100% associatif. Mais tous ont un point commun : ce sont des nœuds de connexions pour les créateurs. Focus sur les plus marquants :
Depuis 2018, la Maison c’est le quartier général pour tous ceux qui cherchent un endroit où bidouiller un projet artistique ou bricoler une collaboration intergénérationnelle. Installée dans d’anciens locaux sociaux, cette structure associative a transformé ses 1 500 m² en véritable fourmilière. On y trouve :
En 2023, la Maison a accueilli plus de 80 résidences d’artistes et plus de 70 micro-événements. La structure attire aussi bien lycéens en quête de leur premier live qu’artistes confirmés venus enregistrer une maquette hors des circuits commerciaux. Sa force ? Le décloisonnement absolu : peinture, théâtre, vidéo, musiques actuelles, tout s’y croise et s’y mélange. “Sans la Maison, beaucoup de petites compagnies n’auraient jamais dépassé la phase de la cave ou du grenier.” (La Voix de la Nièvre, déc. 2023)
Juste à cheval entre la Nièvre et l’Allier, le 109 est l’exemple typique d’un tiers-lieu qui a su réenchanter une friche en ruine. Une ancienne biscuiterie reconvertie en espace de 5 000 m² où cohabitent :
Le 109, c’est plus de 300 groupes accueillis depuis sa création en 2014. Ici, pas de star-système ni de copinage : l’entrée n’est pas réservée aux pointures, chacun peut venir proposer un projet. Des formations professionnelles y sont délivrées, des workshops s’organisent avec des collectifs venus de Paris ou de Lausanne. Si la ville de Montluçon ne faisait pas figure de “capitale culturelle”, le 109 a changé la donne, notamment en fédérant un public bien au-delà des frontières locales. Rien qu’en 2022, plus de 12 000 visiteurs ont poussé la porte du lieu ! (Le 109)
Si la création artistique peut parfois tourner en vase clos, la Paillasse, elle, joue la carte de l’hybridation totale. Espace d’expérimentation ouvert en 2017, son ADN mixe :
Ce tiers-lieu a été cité par France Culture parmi les références nationales des labs artistiques. Côté chiffres, la structure revendique plus de 50 projets hybrides accompagnés chaque année, mêlant artistes et ingénieurs. En 2023, on y a croisé le collectif Electrons Libres, inventant des instruments électroniques recyclés à partir de matériels médicaux obsolètes. Résultat ? Des expos interactives qui tournent aujourd’hui dans toute la région et au-delà.
Pas facile de quantifier les répercussions : combien d’artistes révélés ou de tournées lancées depuis la scène d’un tiers-lieu ? Mais quelques chiffres parlent. Sur la dernière décennie, la fréquentation moyenne des grands tiers-lieux artistiques régionaux a doublé, passant de 6 000 à plus de 12 000 entrées annuelles, d’après le recensement France Tiers-lieux.
| Tiers-lieu | Nombre d’artistes accueillis (2023) | Événements/année |
|---|---|---|
| La Maison (Nevers) | +80 artistes/groupes | +70 |
| 109 (Montluçon) | +120 | +150 |
| La Paillasse (Besançon) | +50 projets hybrides | +35 |
Au-delà des chiffres, chaque artiste passé par un tiers-lieu repart rarement comme il est venu : le collectif Les Remparts de Nevers doit sa première tournée régionale à une résidence à la Maison ; le duo folk Lili et Tom a enregistré auprès de bénévoles au 109, lançant ensuite son premier EP, diffusé sur Radio Aleo et RCF Nièvre.
Les institutions l’ont compris : ces structures font ce que les CDC (Centres de Développement Culturel) ou les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) ne peuvent tout simplement pas faire. Résultat ? L’État investit progressivement. En 2021, le plan “Nouveaux lieux, nouveaux liens” (Ministère de la Cohésion des territoires) a apporté 130 millions d’euros pour soutenir ces tiers-lieux, dont 15 millions dédiés à la création artistique. Résultat, davantage de flexibilité, moins de paperasse… et une scène régionale qui s’en trouve revitalisée (Ministère de la Cohésion des territoires).
Les tiers-lieux, ce sont les boussoles d’un territoire qui veut réinventer sa créativité. Chaque semaine, ils inventent de nouvelles façons de faire ensemble, rapprochant musiciens, plasticiens, makers, jeunes, retraités, bidouilleurs et visionnaires… Et au final, ce qu’on gagne ici, c’est tout sauf anecdotique : une scène bouillonnante, un réseau de solidarité, et bien souvent, la toute première chance donnée à un rêve artistique. Si demain, la Bourgogne-Franche-Comté devait être résumée à sa fibre créative, ce sont ces lieux foutraques, inventifs et audacieux qui porteraient la bannière. Comme dirait une ex-directrice de La Paillasse : “Ici, chaque rencontre peut tout changer. Et ça, c’est inestimable.”